Dimmu Bogir

Progenies Of The Great Apocolypse

# Posté le dimanche 24 juin 2007 11:06

Pays Celtique

Pays Celtique
PARTIE 1

Plan

La dévolution survenue en 1998 en Ecosse est le signe d'un retour d'une certaine identité nationale, et la prise de conscience d'une divergence profonde de valeur entre l'Angleterre et l'Ecosse. A l'image de celle ci, toutes les régions celtes ou anciennement celtes ont à un moment ou à un autre eu à lutter pour recouvrer leur indépendance, ou encore une certaine forme de liberté face à une forme décadente de colonialisme ou de mépris de la part des élites du centralisme.
Il en est ainsi de l'Irlande, la plus ancienne des colonies de l'Angleterre, qui après huit siècles de colonisation a su lutter avec succès contre une occupation souvent brutale et profondément injuste au plan économique et social.
Le Pays de Galles, suite à une conquète précoce par les rois anglais au cours du moyen-âge, a su maintenir vivante d'une manière plus paisible sa langue et ses traditions, enracinées par une culture ouvrière militante et résistante à l'uniformisation anglo-saxonne. Aujourd'hui, c'est sans conteste le pays qui pérpétue avec le plus de respect sa tradition poétique, lyrique, et qui a sans doute aussi sauvegardé dans son inconscient une part du vieux solidarisme antique sur lequel reposait l'unité de la tribu. C'est aussi le pays celte dans lequel la langue est la plus vigoureuse, et ou elle garde son statut de langue véhiculaire et littéraire.
L'Ecosse, de son coté, nous l'avons vu, a récupéré son propre parlement après quasiment trois siècles de "suspension" de celui-ci. Mais elle aussi, comme l'Irlande en son temps, penche de plus en plus vers l'indépendance. Les conditions politiques ne sont plus les mêmes, et si une guerre civile est inenvisageable, il n'est pas inutile de se demander quelles pourraient être les conséquences d'une éventuelle rupture des liens avec Londres.
La Bretagne elle aussi eut à souffrir de la tutelle française. Elle fut sans doute moins violente que la colonisation britannique en Irlande, mais elle ne manqua pas, par sa maladresse et par toutes les erreurs qui purent être commises, de provoquer des traumatismes qui ressurgissent aujourd'hui avec un certain réveil de l'autonomisme.
Tous ces pays, ces régions, prennent peu à peu conscience de leur singularité; de cette histoire qui les unit loin dans le passé, mais qui les a aussi séparé maintenant. Nous verrons qu'il est absurde de parler de "Celtie" pour désigner l'ensemble des pays celtes, de même qu'il est absurde de parler de "Latinie" pour désigner les pays latins.
Mais à coté de ces régions duement répértoriées dans l'annuaire celtique, il en est plusieurs autres qui ont pu par le passé revendiquer leur "celtitude", au moins partielle, ou qui sont en train de le faire. On pense évidemment à la Galice et aux Asturies espagnoles, qui avec Carlos Nunez, souhaitent s'intégrer au "concert" celte. Ce fut aussi le cas de la France et de sa République elle même qui, au court du XIXe siècle notamment, eut très à coeur de ressusciter son passé gaulois pour incarner la nouvelle identité de la nation face à l'ennemi allemand, et face à la noblesse déchue toujours à la recherche de la reconquète du trône.


Introduction de la civilisation celte

Une "race" celte ?

Lorsqu'on évoque les notions de celtes, de celtisme, de celticité, de celtitude, de celtomanie, la première chose à comprendre est que l'on ne parle pas de race. Il n'y a pas de "race" celte, ni même de type morphologique celte. le Celte n'a aucun marqueur génétique particulier par rapport à ses camarades indo-européens (la blondeur légendaire des gaulois était d'ailleurs en général obtenue par décoloration des cheveux à la chaux), et ne se démarque pas beaucoup dans ses caractères physiques d'un nordique ou d'un latin.
Appréhender la question celte, c'est d'abord et surtout lui reconnaître une culture propre. Ni meilleure ni moins bonne que les autres, mais différente, en ce sens que chaque civilisation n'est pas réductible à une autre. Les nostalgiques d'une certaine "pureté" ne trouveront donc ici aucun des arguments cher à leur coeur sur la spécificité ethnique des celtes. Être celte, de nos jours, ce n'est plus avoir quarante générations de vannetais derrière soit, c'est au contraire reconnaître que Kofi Yam-Gnane fait un excellent député-maire breton, et se rappeler qu'après tout, Eamon de Valera, le premier Président de la République irlandaise, était né de père espagnol aux Etats-Unis.
Cependant, pour affronter la mondialisation (le concept d'"internationalisation" est préférable) et le brassage culturel qui ne manquera pas de s'ensuivre, il faut savoir de quoi on parle. Pour faire une bonne bière, il faut aussi connaître l'orge que l'on brasse.
Donc, s'il est souhaitable que ce brassage se produise, pour l'aborder, il n'est pas inutile de se pencher sur ce peuple de l'antiquité qui constitue une part importante de l'histoire des vieilles nations européennes. Quoi qu'en dise une partie un peu hystérique de la gauche et une bonne partie de la droite réactionnaire, ce n'est pas un crime que de se rappeler d'ou l'on vient pour mieux comprendre ou l'on va. Qui n'a pas de mémoire n'a pas d'avenir, écrivait Primo Levi.

Les Celtes, oubliés de l'histoire

Les celtes ont donc occupé la plus grande partie de l'Europe occidentale pendant une période de plusieurs siècle. Les invasions qui se produisirent peu avant et après le début de l'ère chrétienne finirent par confiner leur sphère d'influence culturelle et politique à quelques parties reculées du continent (au sens géographique), dans les îles ou les péninsules. Mais leur souvenir ne s'est jamais éteint, et nombreux sont ceux qui se revendiquent aujourd'hui de leur héritage.
La postérité ne leur a pas toujours reconnu les qualités qui étaient les leurs, elle s'est souvent au contraire employée à les taxer de barbares incultes, en tout cas jusqu'au XIXe siècle : au mieux plongés dans l'oubli, au pire décrit commes des brutes sanguinaires (pour une vision haute en couleur de la barbarie des celtes, voir l'ouvrage de François Pichon, Histoire barbare des français, Seghers, Paris 1954). Les études récentes ont permis de dépasser ces clichés, et de découvrir les aspects les plus positifs d'une civilisation qui, si elle a manqué d'unité politique, et c'est sans doute ce qui a pu causer sa perte, n'a jamais manqué d'une profonde intensité spirituelle. C'est ce qui fait que certains, dont votre serviteur, trouvent à s'y enthousiasmer aujourd'hui.


La culture celtique de nos jours

Depuis maintenant quelques années, l'on assiste à ce que d'aucuns ont pu nommer un "renouveau" de la culture celtique. Il est vrai que l'on peut tout de même parler d'un certain engouement à l'égard des artistes bretons, irlandais, et écossais, qui s'est traduit par la multiplication des oeuvres musicales, littéraires, picturales, ... Cet engouement s'est bien évidemment traduit par une diffusion de cette culture au travers des mass-médias, qui invariablement en retiennent les productions les plus commerciales, et donc pas toujours de la meilleure qualité.
Il faut donc saluer et encourager ce renouveau, mais il ne faut évidemment pas omettre d'être critique à son égard, car outre qu'il a souvent pu être récupéré par des margoulins en quète de profits faciles et des demi-illuminés plongés au plus profond du mysticisme sectaire, il a souvent donné lieu à la diffusion massive, notamment en matière musicale, de ce que nous n'hésiterons pas à qualifier de "sombres m...", ou encore de "compil" vite faites, terrifiants raccourcis d'une culture bien plus large et certainement moins "Sacrée soirée" que ce qu'on peut souvent voir à la télévision.
Il ne s'agit pas de faire l'apologie de "l'authentique" contre le "commercial", du "traditionnel" contre le "moderne" mais de protester contre la multiplication de ces oeuvres médiocres sans aucune prétention artistique. Des musiciens traditionnels de qualité, il en est beaucoup. Mais il est aussi des oeuvres novatrices et créatives.
Sans réduire à cela, on peut citer les Chieftains, ou Stivell bien sur (encore que certains de ses albums soient un peu trop "novateurs", cf. Symphonie celtique, que j'ai personnellement un peu de mal à avaler) et une multitude d'autres, certains bien moins connus au moins en France, mais qui ont pu avoir un succès certain, et dont le travail présente véritablement une créativité rafraichissante : Afro-celt sound system, Iarla O'Lionnaeird, Ursula Burns, et d'autres encore ...
Au plan littéraire, on peut noter l'émergence d'un grand nombre d'ouvrages puisant directement dans le fond de la culture celtique, qu'elle soit populaire et traditionelle, ou puisants dans le fond mythologique et arthurien. Vous trouverez ici un point de vue sur quelques ouvrages découverts par votre serviteur, et sur des grands classiques de la littérature de Fantasy. Quant aux oeuvres picturales, nombreuses sont celles qui, au XIXe et au XXe siècle, vinrent à trouver dans les anciens mythes celtes une source unique d'inspiration.
Mais les livres et la musique ne sont plus les seuls vecteurs de la culture celtique, de nos jours. Il en existe d'autres moyens de diffusion, parmi lesquels les jeux de rôle, les festivals culturels, et bien sur de nos jours, de nombreux sites sur le web.



I - L'Irlande et le prix de la liberté(page 1 - page 2)
II - Le Pays de Galles, vigueur culturelle
III - Ecosse et Angleterre, un destin commun ?
IV - Bretagne, l'impossible renaissance ?
V - La France et la revanche des Gaulois
VI - Galice et Asturies, vestiges des celtibères
VII - "Celtes de tous les pays, unissez vous


Le cout de la colonisation et le prix de la liberté (Page 1)

De tous les pays celtes des îles britanniques, ce fut l'Irlande qui ressentit certainement le plus durement la colonisation anglaise, d'abord pendant sa période de servitude, puis lorsqu'elle tenta par plusieurs fois de s'émanciper. La proximité de la métropole du colonisateur, et le rôle qu'avait prit l'Irlande dans l'équilibre de son économie, notamment au point de vue agricole (l'Irlande est plus fertile que la Grande-Bretagne, et lui a toujours servi de grenier à blé), fit longtemps renacler Londres à accorder une liberté pourtant devenue inévitable.
La perversité de cette colonisation provoqua des guerres fratricides, mais aussi des famines abominables, dont les conséquences se font encore sentir de nos jours. Ainsi, l'Irlande était jusqu'au milieu du XIXe un pays très peuplé pour les standards de l'époque (8 millions en 1841). La famine en tua un million, et poussa à l'émigration un autre million. En 1856, il ne restait que 6 millions d'Irlandais. Mais la saignée ne s'arrêta pas en si bon chemin, car la stagnation économique causée par l'administration directe de Londres poussa encore de nombreuses générations d'Irlandais à émigrer, vers les Etats-Unis ou l'Australie. On estime ainsi qu'entre 1801 et 1921, c'est de près de 8 millions d'âmes que fut privée l'Irlande.
A partir de cette période, la baisse se stabilisa progressivement, pour cesser peu après la deuxième guerre, et ce n'est qu'avec les années soixante et soixante-dix que les courbes

démographiques repartirent timidement à la hausse. De nos jours encore, l'Irlande est un pays sous-peuplé, avec 5 millions d'habitants dans toute l'île pour 85000 km2, soit une densité de 58 habitants par km2. A titre de comparaison, celle de la France est de près de 110, densité qui reste assez basse par rapport à ses voisins belge, allemand, ou britannique.
Il y a des raisons d'espérer, cependant, car l'Irlande est actuellement un pays à l'économie vigoureuse, à la population jeune (46% des habitants ont moins de 25 ans), et qui est en passe de devenir un pays très riche. Le revenu par habitant des Irlandais est ainsi passé depuis quelques années devant celui des britanniques, et de bénéficiaire net de l'aide européenne, l'Irlande est devenue depuis quelques années contributrice nette.
Revenons sur ce parcours historique, émaillé de tant de drames...


L'Irlande de l'âge de pierre

Les premières traces d'une occupation humaine en Irlande sembent remonter au Xe millènaire. Ces vestiges sont cependant peu nombreux et offrent peu d'indices sur la culture de ce peuple du mésolithique.

Les tribus du néolithique, qui s'installent vers 3500, ont laissé plus de traces de leur passage, à commencer par les nombreux dolmens et tumulus qui parsèment l'Irlande. Vers 2000, une nouvelle vague d'immigrants introduit progressivement le bronze en Irlande, et des mines de cuivre voient le jour dans le Kerry et le Cork. De l'or est également extrait des montagnes de Wicklow. On ne sait pas énormément de choses sur ce peuple des mégalithes, si ce n'est qu'il offre beaucoup de similitudes avec les autres représentants de cette civilisation sur le continent à la même époque. Quelques ossements semblent indiquer qu'il aurait pu s'agir d'un groupe ethnique méditérranéen de petite taille, très majoritairement dolicocéphale. La littérature du cycle mythologique semble confirmer cette hypothèse, mais il faut sans doute accorder peu de crédit à ces récits déformés par le temps.

Quoi qu'il en soit, il semblerait que, attirés par les richesses de l'île, des petits groupes de celtes halstattiens aient débarqué à partir d'une date qui reste assez incertaine. Les hypothèses émises vont du VIIIe au VIe siècle. Les raisons de cette incertitude tiennent à l'absence de traces manifeste d'invasion ou de changement brutal dans les vestiges archéologiques, traces plus visibles dans d'autres régions celtisées comme la Gaule. Mais dans tous les cas, il est à peu près manifeste que les celtes soumirent rapidement ces peuples aborigènes, notamment grâce à leur maîtrise de la métalurgie du fer, inconnue dans l'île jusqu'alors. Ils y imposèrent leurs techniques, leur religion, leur culture et leur langue.
L'Irlande Gaëlique
Les Gaëls achevèrent rapidement la soumission de l'île, et vers les IIIe-IIe siècle, une vague d'invasion latènienne acheva et renforça la celtisation de l'île.
On ne précisera pas davantage les caractéristiques de la société gaélique, car on y retrouve les traits de toute société celtique, comme détaillés dans la partie Histoire. Il convient en revanche de préciser que cette société trouva en Irlande un terrain idéal pour s'épanouir librement, isolée des invasions romaines et des influences méditérranéennes en général. Il y eut bien quelques comptoirs romains sur les côtes, mais jamais les légionnaires ne prirent pied en terre d'Irlande. Cela fut d'ailleurs facteur d'un certain retard dans la maturité politique de la société, qui resta longtemps très divisée, à l'image du monde celte. Mais en contrepartie, l'île offrait encore au bas moyen-âge le spectacle d'une société celtique authentique, à une époque ou toute trace en avait disparu sur le continent.


L'Irlande gaélique se présentait sous la forme d'une nuée de petits royaumes, de tribus (tuath) comprenant chacune un roi, une assemblée d'hommes libres et un sénat. La royauté n'était pas héréditaire mais éléctive, au sein de l'aristocratie, et plus souvent de la famille du roi. Les guerres et pillages étaient généralement incessants entre les royaumes, et les légendes irlandaises regorgent de récit de razzias et d'équipées sur les terres des voisins.
Ces petits royaumes se fédérèrent vers le début de l'ère chrétienne en 5 royaumes puissants gouvernés par des rois provinciaux (ri ruirech ou ri coicid) : l'Ulster, avec Emain pour capitale, le nord-Leinster avec Tara pour capitale, le sud-Leinster avec Dinn Rig pour capitale, le Munster, capitale Temuir Erann, et le Connaught, capitale Gruachain. La rivalité entre ces royaumes dura pendant tout le moyen-âge. Il exista bien à plusieurs reprises un titre de Ard-Ri (haut roi), occupé par divers rois locaux successivement, mais il était plus honorifique que réel. Le couronnement avait lieu sur le site de Tara.
En revanche, l'unité culturelle de l'île était beaucoup plus achevée : une seule langue, le gaélique, une grande unité artistique, une seule religion, et un seul système juridique coutumier, dit droit brehon.


La christianisation et l'âge d'or irlandais

On peut sans doute pour le cas de l'Irlande étudier conjointement la fin de l'antiquité, qui vit la christianisation de l'île, et le début du haut moyen-âge. Car contrairement au reste de l'Europe, il n'y eu pas en Irlande de rupture majeure entre ces deux périodes. En Irlande, la structure archaïque était en effet restée intacte de toute époque, et ne vécut pas de changements majeurs lors de la fin de l'antiquité ; l'Irlande ne fut jamais conquise par Rome et n'eut pas à subir les conséquences politiques de la fin de l'empire ; elle n'eut pas à subir non plus d'invasions barbares, au moins dans un premier temps. La principale rupture, finalement, se situe aux environs de 420-430, lors de la christianisation par Saint Patrick (Padraig en gaélique). Les circonstances et les conséquences en ont déjà été exposées
Pour le reste, si les structures religieuses changent radicalement au tournant du Ve siècle, la vie politique reste la même : entre les cinq royaumes, les guerres succèdent aux razzias.

Quoi qu'il en soit, cette période constitue ce qu'il convient d'appeler l'âge d'or irlandais, avec le fantastique essor des centres spirituels qu'on lui connaît, qui outre leur vocation d'enseignement et de copisme, accueillirent aussi nombre de réfugiés fuyant les trouble sur le continent. L'art - pas exclusivement religieux - atteint alors à cette période un degré absolu de maîtrise et d'esthétique. Les plus beaux exemples de l'art irlandais datent de cette période : ainsi, le calice d'Ardagh et la broche de Tara


Les invasions scandinaves

La situation n'évolua qu'à partir de la fin du VIIIe siècle, sous la pression des évènements. En effet, en 795, les Vikings scandinaves, attiré par la prospérité de l'île, montraient pour la première fois leurs voiles à l'horizon. Quelques pillages ponctuels précèdent leur départ rapide. Mais à partir de 852, Norvégiens et Danois ravagèrent le pays - pillant en priorité les monastères-, et s'installèrent dans la région de Dublin et en Ulster.
L'occupation partielle du pays dura alors plusieurs siècles, et les Gaëls ne purent les soumettre définitivement qu'au tournant des Xe-XIe siècle, grâce à la figure légendaire de Brian Boru, qui remporta sur eux la victoire décisive de Clontarf, en 1014, ou il trouva malheureusement la mort. Les Norvégiens et les danois ne quittèrent jamais l'île, mais soumis, ils furent progressivement assimilés à la population locale.
L'époque des invasions scandinaves marqua une profonde régression économique et sociale de l'Irlande. Mais l'île gagna tout de même l'usage de la monnaie, introduite par les envahisseurs, ainsi qu'une généralisation des constructions religieuses en pierre qui s'épanouit à partir du IXe siècle.
Plus que la force de ces Scandinaves, ces tentatives d'invasion avaient démontrées la faiblesse des structures politiques de l'Irlande, héritées du tribalisme celte. L'île, divisée, ne put jamais s'unir complètement face aux envahisseur, et lors de la victoire de Clontarf, les vikings étaient même alliés au roi de Leinster, Mac Morda.
Le règne de Brian Boru, qui fut un haut roi énergique et qui sut imposer son autorité, ne fut qu'anecdotique. Dès 1022, les dissensions reprirent de plus belle, et jamais un autre roi ne parvint à faire l'unité de l'Irlande. C'est sur ce terreau idéal que les Franco-Normands, devenus Anglo-Normands après leur conquète de l'Angleterre en 1066, trouvèrent un terrain idéal pour leur soif de conquètes.


L'occupation Anglo-Normande

Avant de parler des invasions normandes, il faut préciser l'état de l'Irlande au tournant de l'an mil. De profonds renouvellements religieux avaient marqués la période des invasions scandinaves, et en raison de l'isolement de l'île, le clergé avait sur de nombreux points développé des pratiques très particulières, qui constituaient de graves manquements à la coutume romaine. Ainsi, la hiérarchie épiscopale n'était pas respectée ; la fixation de la date de la Pâques continuait à obéïr à des règles propres. Plusieurs réformes postérieures, initiées par des liaisons avec le siège épiscopal de Cantorbéry, et par les missions religieuses irlandaises sur le continent, avaient fini par avoir raison de cette organisation, ramenant ainsi l'Eglise irlandaise dans le droit chemin de la règle romaine. Mais il était resté au clergé local une certaine réputation d'indépendance, voire d'indocilité. Bien qu'exagérée, cette réputation servit cependant de prétexte aux Anglo-Normands pour prendre pied en Irlande Il semble cependant qu'en premier lieu, ce fut un Irlandais, Dermot Mac Murrough, roi de Leinster, qui fit appel aux Anglo-Normands pour régler un conflit de succession, étant aux prises avec un reliquat de soulèvement viking. Le comte de Pembroke, Richard de Clare, fut le premier à s'y aventurer avec la bénédiction de Henri II, roi d'Angleterre. Après quelques années et un soulèvement irlandais, ce dernier finit par débarquer lui même en 1171 à la tête d'une puissante armée, et obtint rapidement la soumission de toute l'île. Pour justifier son intervention Henri excipa de la bulle papale Laudabiliter, par laquelle Adrien IV lui donnait l'Irlande pour remettre l'Eglise d'Irlande au pas. On pense maintenant qu'il put s'agir d'un faux forgé après coup. Mais cela ne change rien au fond : c'est sur un fondement religieux que Henri justifia cette invasion.


Les premiers anglo-normands, "Ipsis Hibernis hiberniores" : plus irlandais que les irlandais eux mêmes.
L'occupation Anglo-Normande fut pendant longtemps imparfaite, et jusqu'à la fin du moyen-âge, seule la région de Dublin se trouvait sous le contrôle réel de Londres. Dans le reste du pays, les barons conquirent de nombreux fiefs qu'ils enlevèrent aux chefs gaëliques. Mais ces derniers, en Ulster et en Connaught, gardèrent pendant longtemps une grande indépendance sur leurs terres. Qui plus est, les familles anglo-normandes, après avoir enlevé ces terres à l'aristocratie gaëlique, s'installèrent sur place, et fondèrent des dynasties qui, par le jeu d'alliances et de mariages, se fondirent rapidement dans la population gaëlique, devenant ainsi souvent plus irlandaises que les irlandais. En effet, les Anglo-Normands, contrairement à leurs pères Franco-Normands en Angleterre, ne débarquèrent jamais en assez grand nombre en Irlande pour subjuguer complètement les élites locales, et durent tous à un moment ou à un autre ajouter des compromis et des alliances à leurs conquètes militaires. Ainsi, nombre de familles de barons de vieille ascendance franco-normande, arrivée en Angleterre en 1066 avec Guillaume, gaëlicisèrent leur nom après leur installation en Irlande. Il adoptèrent le gaëlique comme langue véhiculaire, et se soumirent même au droit brehon.
Ayant remplacé dans ses fonctions l'ancienne noblesse gaëlique et après avoir adopté sa culture, les barons anglo-irlandais la remplaçèrent aussi dans ses intérêts. Au cours du moyen-âge, ils développèrent un système économique et social cohérent, très indépendant de Londres. Battant eux-même monnaies, nommant shériffs et titulaires des charges, ils réunirent en 1297 un parlement à Dublin. La celtisation de la noblesse s'accompagna en outre d'une certaine naissance du sentiment national irlandais : le frère du roi d'Ecosse Robert Bruce, Edouard Bruce, fut appelé sur le trône en 1315 par les irlandais eux même, c'est à dire aussi par une partie de la noblesse anglo-irlandaise. Son règne fut de courte durée (2 ans), mais l'évènement suffit à provoquer l'émoi de la monarchie anglaise, qui toute occupée à agrandir ses possessions en France et à tenter vainement de soumettre l'Ecosse, avait négligé de soumettre l'Irlande.


La "pacification" anglaise

Quelques expéditions militaires anglaises aux effets limités eurent lieu vers 1360. Mais l'évènement majeur fut la proclamation peu après par le vice-roi Lionel de Clarence des statuts de Kilkenny qui, délimitant les limites des terres sous souveraineté anglaise, proclamait le reste du pays comme terre ennemie. A l'intérieur des terres anglaises, le droit et la langue anglaise étaient obligatoire, alors que les mariages entre Anglais et Gaëliques y étaient prohibés. Ces statuts, outrageants pour les anglo-irlandais autant que pour les irlandais de souche, ne tenaient pas compte de la réalité politique du pays, ou le pouvoir était en pratique dans les mains des grandes baronnies. Seule Dublin et une bande de terre aux alentours nommée le Pale, de plus en plus restreinte, voyaient ces statuts appliqués.
La prise de parti de l'Irlande dans la guerre de succession des deux roses en Angleterre à la fin du XVe, entre la maison de York et la maison de Lancastre, ainsi qu'un certain nombre d'évènements amena peu à peu l'Angleterre à s'intéresser de nouveau à l'île voisine. Henry VIII fut à ce titre le souverain le plus énergique envers l'Irlande, et parvint à se faire reconnaître roi d'Irlande et chef de l'Eglise irlandaise par le premier parlement national irlandais en 1541. La noblesse anglo-irlandaise semblait alors matée, et le problème reglé pour la couronne.


La réforme et la colonisation

N'eut été la réforme, il eut été probable que l'Irlande se soit peu à peu assagie, et tomba tranquillement sous domination anglaise, comme ce fut le cas quelques décennies plus tard pour l'Ecosse. Mais la question religieuse vint rapidement et singulièrement compliquer la situation. Dès 1545, face à la déchéance de l'Eglise catholique proclamée par Henry VIII, la fermeture des monastères, la confiscation des biens de l'Eglise et les provocations des protestants, l'Irlande se souleva en révoltes violentes, menées par une partie de l'aristocratie anglo-irlandaise. La repression anglaise fut d'une férocité inouïe. La couronne procéda également rapidement à des confiscations des terres et à leur redistribution à des colons anglais, un procédé qu'elle généralisa par la suite. La fin du XVIe fut particulièrement atroce pour les irlandais. Les trois dernières révoltes furent effroyablement écrasées, dont celle menée par le dernier espoir des irlandais, Hugh O'Neill, comte de Tyrone, gouverneur de l'Ulster, qui se soumit définitivement en 1603.


L'Irlande, écrasée et depeuplée par les guerres, fut progressivement étouffée par les confiscations et la colonisation, le phénomène allant en s'accroissant. Dès le règne de Jacques Ie, des colons presbytériens anglais et écossais, persécutés par le régime de l'Eglise officielle anglicane, se regroupèrent en Ulster, le dernier bastion gaëlique tombé aux mains des anglais après la défaite de O'Neill. Ils y inaugurèrent une tradition de fanatisme savamment entretenue, et qui dure encore de nos jours...
La situation devint rapidement insupportable, pour les irlandais comme pour la noblesse celtisée. La religion devint un fossé irréductible entre d'un coté les populations natives et la noblesse de l'île, et de l'autre les colons et la couronne. Charles Ie, en 1641, tenta de rétablir une semi-liberté pour les catholiques, mais le parlement irlandais, intransigeant, refusa le compromis. Les colons protestant fanatisés, soutenus par le parlement anglais qui venait de renverser Charles Ie, décidèrent alors l'extermination et la mise sous servage des irlandais.
Toute l'Irlande catholique, noblesse incluse, se souleva alors la même année, menée par un descendant des O'Neill. Les massacres de colons protestants, bien qu'exagérés par les Anglais, furent nombreux (gravures ci-contre). La République anglaise, menée par Cromwell, réagit par la suite vigoureusement : sa fameuse et sauvage chevauchée irlandaise de 1649 est encore dans toutes les mémoires. Les témoignages s'accordent tous pour décrire le personnage comme un homme aussi fanatique que courageux et aussi cruel que brave. Deux massacres qu'il ordonna retentissent encore au travers des siècles : ceux du massacre des habitants de Drogheda et de Wexford. Il quitta l'île peu après, mais la guerre dura jusqu'en 1652.
Cette date reste d'ailleurs marquée du sceau de l'infamie, puisque c'est cette année là que fut publié l'acte de "pacification", qui obligeait les catholiques à abandonner toutes leurs terres en Leinster, Munster et Ulster, pour se retirer en Connaught, la province la plus pauvre de l'île (il faut ici rappeler la phrase de Cromwell, qui lorsqu'on lui demandait ce qu'il fallait faire de certains ennemis capturés, répondait : "qu'on les envoie en enfer ou en Connaught"). Les Irlandais restèrent cependant en nombre sur leurs terres, mais dépossédées de leur titres, ils durent se mettre au service et à la merci des propriétaires anglais à qui elles furent distribuées. Ceux-ci étaient en général des nobles anglais ou des officiers de la Couronne n'ayant pas "démérité".
La haine farouche que se vouaient auparavant catholiques et protestants se transforma alors progressivement en une haine sacrée, religieuse, fanatique, d'un coté comme de l'autre. Mais dans cette situation, il ne faut pas se tromper de cible : ce n'était pas dans la tradition de l'Eglise d'Irlande et du peuple irlandais de se jeter dans les bras de la papauté, bien au contraire. Seule la brutalité, l'intransigeance, l'avidité et la cruauté des anglais les y contraint. Un extrême en entraine forcément un autre.[/]

PARTIE 2

Le retour au pouvoir en Angleterre de rois catholiques donna après l'intermède de Cromwell quelques espoirs aux catholiques irlandais. Ils furent rapidement déçus : otages de leur parlement et des intrigues de la cour, les derniers rois d'Angleterre catholiques Charles II et Jacques II n'améliorèrent que bien peu la situation de leurs co-religionnaires. Quelques propriétaires catholiques récupérèrent leurs terres, et eurent accès à certaines charges officielles.
La fuite de Jacques II vers la France après le coup d'Etat mené par Guillaume d'Orange en Angleterre à la fin du XVIIe compromis définitivement toute chance de réhabilitation des catholiques. Lorsque Jacques tenta avec l'appui de la France de récuperer son trône, il commença par débarquer auprès de ses partisans irlandais, recruté principalement au sein de la noblesse anglo-irlandaise restée catholique. Sa tentative échoua près de la rivière Boyne, le 11 juillet 1690, quand il fut vaincu par les troupes orangistes (en Ulster, l'ordre d'Orange commémore encore tous les ans cette victoire par des marches provocatrices dans les quartiers catholiques). Jacques II dut à nouveau fuire vers la France. Ses troupes, composées de nombreux Irlandais et de nobles Anglo-Irlandais, quittèrent en masse les îles britanniques pour la France, ou elles devinrent de fidèles soutiens de la monarchie en s'intégrant aux troupes royales (Il y eut jusqu'à la révolution un corps d'armée nommé "les Irlandais du roi"). L'époque de la bataille de la Boye marque un tournant de l'histoire de l'Irlande, car c'est cet évènement qui voit pour la dernière fois intervenir la vieille aristocratie anglo-normande d'Irlande en tant que force politique agissante et autonome. Suite à cette défaite, la mort sur le champ de bataille, la fuite ou la ruine totale (par la confiscation de ses terres) de cette classe toute entière la fait sombrer dans l'oubli du jour au lendemain. En 1690, plusieurs siècles après l'aristocratie gaëlique, la noblesse irlandaise de vieille ascendance normande disparaît de l'histoire d'Irlande...



Des guerres de religions à la lutte des classes

La période qui suivit la défaite de la Boyne marqua une étape importante dans la constitution du clivage irlandais. Car après leur victoire, les anglais achevèrent totalement la paupérisation et l'asservissement des catholiques, et la mise sous tutelle de l'économie irlandaise par Londres : les dernières mesures discriminatoires, les dernières confiscations, achevèrent de mettre principalement entre les mains d'Anglais résidant à Londres tous les biens fonciers et industriels. Accessoirement, le reliquat fut abandonné aux colons presbytériens. En outre, le commerce direct entre l'Irlande et l'étranger fut totalement prohibé, Londres devenant le seul client potentiel, aux prix décidés par le gouvernement. Le tissage de la laine fut également interdit.
En ruinant ainsi totalement les Irlandais et en anéantissant les classes moyennes et supérieures catholiques (y compris l'ancienne noblesse normande), l'Angleterre transforma ce qui était une "simple" lutte de religion en une véritable lutte de classes, aspect que le conflit avait déjà commencé à emprunter dès les premières confiscations à la fin du XVIe. C'est ainsi que plus d'un siècle avant l'apparition du capitalisme marchand dans le reste de l'Europe, l'Irlande voyait naître la première forme moderne d'une oppression et d'une lutte entre classe possédante et prolétariat massif, avec cette nuance qu'en Irlande, les classes connaissaient un clivage particulièrement fort, et aux acteurs particulièrement différenciés. D'un coté, les propriétaires Anglo-irlandais, les "landlords", anglicans pour la plupart, ne résidant pas en Irlande, richissimes et seuls titulaires du droit de vote ; de l'autre, une masse de travailleurs agricoles catholiques ruinés et asservis, sans aucun droit politique, tirant leur seule source de revenus de maigres lopins de terre accordé en guise de salaire à l'usage particulier de ces quasi-serfs ; entre les deux, une petite bourgeoisie protestante, économiquement plus proche des catholiques, en raison du sous-développement chronique de l'Irlande et par conséquent de ces classes moyennes.
Ce sous-développement, très préjudiciable à cette classe moyenne presbytèrienne et dû aux règles commerciales posées par Londres, aurait d'ailleurs normalement du l'inciter à se rapprocher de la classe ouvrière catholique pour faire front commun. Mais la haine farouche pour les catholiques fut toujours savamment entretenue par les classes dominantes afin d'assurer leur propre perennité, en éloignant artificiellement la petit bourgeoisie presbytérienne paupérisée de son allié naturel, la classe ouvrière, liant ainsi artificiellement son destin à celui de son propre oppresseur.
Cet aspect du conflit irlandais a été particulièrement mis en relief par les travaux de James Connolly, qui a montré que l'histoire de l'Irlande ne se posait pas tant en termes religieux qu'en termes économiques. En constituant l'Irlande en tant que satellite économique de l'Angleterre, Londres lui donna exactement la fonction de ce que les tiers mondistes socialistes désignent comme une nation globalement prolétaire, l'Angleterre se donnant celle de la nation globalement capitaliste. La situation économique et politique des colons presbytériens, guère meilleure que celle des catholiques, aurait du très tôt les amener à constituer ensemble une force politique commune, leurs intérêts se rejoignant souvent. Mais la question du "papisme" que Londres su toujours habilement instiller dans les relations entre presbytériens et catholiques, agitant les haines d'un coté comme de l'autre, fit souvent échec à ces tentatives de rapprochement. Il y en eut pourtant.



Quand les nationalistes étaient protestants

Au cours du XVIIIe siècle, la situation de pauvreté endémique de l'Irlande n'alla qu'en s'accroissant. A chaque mauvaise récolte, la famine se répandait sur les classes misérables. L'Angleterre sut pourtant maintenir l'ordre, en promettant aux catholiques des améliorations de leur situation, promesses qu'elle s'empressait d'oublier dès que la situation économique s'améliorait.
Dans la deuxième moitié du siècle, en réaction à la situation effroyable des catholiques, se formèrent des sociétés secrètes patriotiques, comme les White boys et les Oak boys. Leur efficacité fut très limité, et n'inquiéta pas Londres. Toutefois, au parlement de Dublin (composé uniquement de protestants), une majorité de représentants, estimant étouffante la tutelle de la métropole, vint à rejoindre les catholiques dans leurs revendications d'indépendance. Mais malgré l'ascension de ce sentiment d'oppression, y compris au sein des protestants, les statuts discriminatoires et autoritaires de l'administration de l'île par la Couronne (dits "lois Poynings") brisèrent les velléïtés irlandaises.


En 1724, l'écrivain Jonathan Swift, anglo-irlandais de confession anglicane, fut le premier protestant à prendre conscience de la grande misère, la souffrance et l'oppression du peuple irlandais. Il publia une série de textes délibérément provocateurs, voire cyniques (Par son ironie glacée, Swift est considéré comme le fondateur de l'humoir noir), les Lettres du Drapier (1724), destinés à dénoncer cette situation. Il y souligna particulièremet la désinvolture et le mépris qu'éprouvaient les Anglais pour l'Irlande : " Ils en savent à peine plus sur l'Irlande que sur le Mexique, au mieux que c'est un pays soumis au roi d'Angleterre, envahi de marécages et peuplé de sauvages papistes maintenus en respect par des mercenaires. En général, ils pensent que pour l'Angleterre, mieux vaudrait que toute l'île fut engloutie par la mer, car les Irlandais ont une fâcheuse tradition : tous les quarante ans, ils mènent une rébellion" (pour illustrer le mépris des anglais envers les Irlandais, il suffit d'évoquer cette "saillie" de Wellington qui, né sur le sol irlandais, lorsqu'on le qualifia d'Irlandais répondit : "Naître dans une écurie ne fait pas forcément de vous un cheval").

Une évolution politique se produisit à la fin du XVIIIe, lorsque le parlement irlandais (ci-contre) mené par un certain Henry Grattan obtint en 1779 la liberté du commerce, la reconnaissance de la particularité du royaume d'Irlande, ainsi qu'une certaine liberté législative et en 1782, quelques mesures d'adoucissement pour les catholiques. Ces aménagements, cependant, constituaient des mesures de classe : la liberté du commerce et l'autonomie legislative n'intéressait que la haute bourgeoisie protestante, seule à en jouir. Et les adoucissements procurés aux catholiques visaient surtout pour la couronne à s'assurer un certain soutien de leurs élites économiques, seules véritables bénéficiaires. Le clivage de classe créé par l'occupation anglaise ne changeait donc pas radicalement de nature, et l'indépendance restait toute théorique, sachant qu'elle n'était exercée que par une infime minorité de protestants acquis aux vues de l'Angleterre sur la plupart des questions.

L'Irlande et la Révolution française

La Révolution française qui survint à la fin du XVIIIe provoqua plusieurs effets majeurs dans l'île. Tout d'abord, elle entraîna chez les protestants un regain de haine envers les catholiques, attisé par la crainte d'une intervention française. Du coté catholique, les idées révolutionnaires sucscitèrent un engouement qui fut à l'origine des premiers mouvements nationalistes républicains, qui constituèrent la première tentative cohérente d'organisation des masses irlandaises (principalement catholiques évidemment). Wolfe Tone, bien que protestant, fut le premier et le plus illustre de ces républicain. Admirateur de la grande Révolution française, et désireux de réunir tous les Irlandais contre l'Angleterre, il fonda le Club des Irlandais Unis. Le républicanisme irlandais, c'est à dire le regroupement de tout un peuple autour d'un idéal commun, sans considération de la religion, était né.
Dans le même temps, pressé par l'opinion catholique et par les évènements sur le continent, Londres lacha du lest, et accorda en 1793 l'éligibilité et le droit de vote aux catholiques, et l'accès à certaines professions jusque là interdites. Mais suite à des provocations protestantes en Ulster, d'autres lois de sécurité jetèrent les catholiques dans la précarité


Le Mayo des français

Vers 1796, Wolfe Tone, devenu chef de l'opposition au parlement, passa en France et fit appel au directoire. Celui ci entrepris alors le débarquement d'un important corps expéditionnaire mené par Grouchy et Hoche (45 navires, 13400 hommes), dont il était prévu qu'il serait accompagné d'un soulèvement populaire fomenté par les Irlandais Unis. Malheureusement, une tempête violente dispersa plusieurs navires. Hoche, timoré, décida de rentrer en France sans tenter de mettre pied à terre. Le soulèvement irlandais fomenté par Wolfe Tone et ses partisans se produisit tout de même, mais privé de l'appui français, il fut réprimé avec férocité et sans grande difficulté par les troupes anglaises.

En Aout 1798, sur ordre de Napoléon et encore à la demande de Wolfe Tone, un millier d'hommes menés par le général Humbert débarqua en Connaught, près de Killalor, rapidement rejoints par quelques centaines d'Irlandais des environs et de partisans nationalistes. La prise de Killalor et une victoire audacieuse à Castlebar (illustration ci-contre) contre 6000 anglais (dont 1000 cavaliers) entraina un début d'insurrection en Connemara, mais le reste du pays ne bougea pas, refroidi par la repression de 1796. Les Français, rapidement encerclés à Ballynamuck par l'élite des troupes britanniques, durent rendre les armes. Les protestants fanatiques se déchainèrent, les chefs de l'insurrection furent capturés, et mis à mort. Wolfe Tone se suicida dans sa cellule pour échapper au bourreau.

Encore actuellement, beaucoup estiment que si en 1796 Hoche avait fait débarquer ne serait-ce qu'une partie de ses troupes et avait eu l'audace et le courage de Humbert, l'Irlande aurait pu facilement basculer, et son destin ainsi que celui de l'Europe en aurait été bouleversé. Car si l'Irlande avait échappé aux Anglais, réserve de céréales et point stratégique primordial, il est probable que plus généralement l'issue du conflit anglo-français eut été différente également.
Le nom de Hoche est encore de nos jours synonyme de lacheté en Irlande, mais celui de Humbert reste populaire, et à Castlebar, une stèle commémore la mémoire des soldats français morts pour l'Irlande. La partie nord du Mayo, ou se déroula l'essentiel des évènements, est toujours connue sous le nom de French Mayo, le Mayo français. Napoléon lui même garde toujours une place dans un certain nombre de foyers irlandais (votre serviteur a même pu voir chez une famille des environs de Galway plusieurs portraits du petit caporal orner les murs du logis).


La question d'Irlande et l'Union

La période révolutionnaire et les tentatives françaises en Irlande, bien que conclues par un échec, avaient tout de même amené l'Angleterre à une prise de conscience de l'ampleur du problème irlandais, qui n'était pas qu'une question coloniale, mais aussi une question de sécurité intérieure : l'Irlande constituait le meilleur levier pour compromettre la sécurité de la Grande Bretagne. Ce problème se poserait tant qu'il existerait en Irlande une minorité de protestant dominant une immense majorité de catholiques. Mais d'un autre coté, la pression des protestants fanatisés était telle que Londres ne pouvait se permettre de lacher du lest. A court terme, la seule solution viable était donc l'union des deux royaumes, qui fut proclamée contre la volonté générale en décembre 1800, grâce à la corruption d'une partie des élus irlandais. L'Irlande perdit son parlement, mais enverrait dorénavant cent représentants à Westminster.
Paradoxalement, les catholiques espèraient de l'Union quelque amélioration, grâce à l'unité des ordres juridiques des deux pays. Le droit anglais ne connaissait en effet pas de lois discriminatoires comme il en existait en Irlande. L'égalité civique promise ne vint cependant pas.


Daniel O'Connell, un catholique élevé en France et appartenant aux classes moyennes, qui avait profité de l'accès aux professions libérales accordé aux catholiques en 1793, devint le nouveau champion des irlandais. Grand démocrate, révolutionnaire et égalitariste, il fut un habile meneur et politicien, tout en restant toujours dans le cadre de la légalité.
Il remporta de grands succès, comme l'acte d'émancipation des catholiques qu'il arracha à Westminster en 1828, qui amena l'égalité presque totale avec les protestants. Il rendit le mouvement catholique puissant, au point d'en faire la première force politique d'Irlande.
Mais sur la fin de sa vie, en butte aux résistances et aux repressions londoniennes contre les mouvements de masse, et laché par les nationalistes radicaux du mouvement Jeune Irlande, il mourut malade et dans l'oubli en 1847.
L'Union avait en effet gravement altéré la santé de l'économie irlandaise, qui était de nouveau

tombée dans la dépendance anglaise. En outre, les alternatives légales au combat politique tombaient toutes dans des impasses, Londres refusant de reconsidérer l'existence de cette Union. Ces deux phénomènes se conjuguèrent pour amener la catastrophe du milieu du XIXe siècle, connue sous le nom de "An Gorta Mor", la Grande Famine.


# Posté le samedi 23 juin 2007 20:33

Modifié le jeudi 12 juillet 2007 14:09

Vague is our desires

Vague is our desires
L'image parle d'elle même

# Posté le vendredi 22 juin 2007 19:52

Katatonia

Evidence

Style de Musique: Gothique métal
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# Posté le vendredi 22 juin 2007 19:40

While Your Lips Are Still Red

Ceci est un side projects avec Tuomas , Marco et Jukka, ou Tuomas a composé la musique de ce film finlandais qui sort en septembre prochain et c'est Marco qui chante dans la chanson avec Jukka a la batterie et Tuomas au piano, le film s'appelle Lieksa ce qui veux dire Flamme en finnois, bien qui y'est d'autre façon de dire flamme en finnois, ce film est réalisé par un réalisateur finlandais Markku Pölönen qui sortira l'année prochaine en finlande. While Your Lips Are Still Red n'est pas proprement parler l'un des morceaux de Nightwish, mais il sera pourtant inclu dans le single Amaranth. En tout cas c'est une magnifique musique, ce qui est normal car c'est Tuomas qui l'a composé :), mais la voix de Marco Hietala est tout simplement sublime, emportée par une mélodie de Tuomas Holopainen qui nous fais revivre, nous emportant dans une douce et tendre mélodie :), pour en conclure cette musique est simplement un tout, de personne qui vive pour la musique.

# Posté le vendredi 15 juin 2007 16:29

Modifié le dimanche 17 juin 2007 12:25